PROD-SPC — Espace, exposition, scénographie

Après la mémoire

Avec
Nadia Ratsimandresy et Rangalanga Tsilaitry Mboangy ; dramaturgie : Simon Hatab
Lieu
HEAR (Haute École des Arts du Rhin), Strasbourg — sortie de résidence, Festival Musica 2025
Dates
23 et 24 septembre 2025 ; 55 m²
Production
AnA compagnie, La Permanence Poétique, Full Rhizome. Coproductions : HEAR / Festival Musica, Abbaye de Royaumont, CNCM Athénor (Saint-Nazaire), Hexagone – Scène nationale de Meylan, Grame CNCM (Lyon). Projet lauréat de la résidence Arts et Sciences – Fondation Royaumont / Athénor / Hexagone Meylan.
Rôle
Suivi de résidence (entretiens), conception scénographique et artistique de l'exposition-installation, recherche iconographique, recherche de partenariats, production d'œuvres, conception et animation des médiations, rédaction du texte curatorial.
Photos
Vue d'ensemble, Musica 2025 : Thaïs Breton
Après la mémoire, image 1 sur 3
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Contexte

À l'invitation de Nadia Ratsimandresy et Rangalanga Tsilaitry Mboangy, conception et réalisation de l'exposition-installation accompagnant Après la mémoire, pièce sonore explorant les effets contemporains de l'histoire coloniale malgache. Sortie de résidence présentée à la HEAR (Haute École des Arts du Rhin), Strasbourg, les 23 et 24 septembre 2025, dans le cadre du Festival Musica. Aboutissement prévu à l'édition 2026 du festival.

Propos

Après la mémoire interroge la manière dont la malgachité traverse la création contemporaine de deux artistes franco-malgaches. L'accumulation d'archives et de souvenirs personnels — où produits de consommation et mémoires intimes se recoupent — rend sensibles les décalages et les dislocations de l'expérience diasporique. Le dispositif assume une esthétique du cumul : ce qui circule d'ordinaire dans les marges (factures, tickets, cartes postales coloniales, objets domestiques) entre ici en dialogue avec les récits et les œuvres des artistes. L'exposition devient un lieu où la fiction documentaire s'ancre dans les traces du réel.

Dispositif

L'exposition forme contrepoint à une pièce sonore diffusée dans un espace attenant. Dans une salle ouverte, une accumulation d'archives coloniales, d'objets rapportés du voyage à Madagascar, de timbres, de cartes postales et d'artefacts vernaculaires est déployée au sol, aux murs et dans des vitrines. Chaises et bancs intégrés à la scénographie servent de support aux temps de médiation animés par l'artiste-chercheur.

Les œuvres

Une chaise en plastique et une lampe devant un mur couvert de factures, des feuilles éparses au sol
Combien ça coûte (2025)
Gros plan sur les factures de voyage épinglées au mur
Détail de la composition

Combien ça coûte (2025). Composition de factures : factures de voyage récupérées, lampe, éclairage, chaise en plastique. Format A0 (env. 84 × 119 cm). L'œuvre chiffre le coût économique de l'enquête sur les origines.

Une vitrine de musée éclairée, sur un socle, dans la salle d'exposition
Pays riche-Pays pauvre (2025)
Dans la vitrine : une table de mixage, une médaille, des photographies de famille, des livres et un tissu
Détail de la vitrine souvenirs

Pays riche-Pays pauvre (2025). Vitrine de musée commémorative : table de mixage Korg, médaille de la Légion d'honneur malgache, photographies de famille, livres ethnographiques, tissu lamba. 60 × 60 × 120 cm.

Une boîte aux lettres en inox fixée sur un poteau de bois, des enveloppes dépassant de la fente
Augures (2025)
Une colonne sombre portant des panneaux de texte, dans la salle d'exposition
Claustras inox, support des textes des artistes

Augures (2025). Boîte à lettres renfermant des messages pour le public. Inox, enveloppes papier machine, parfum ylang-ylang. 30 × 6 × 21,6 cm. Des claustras inox servent de support scénographique aux textes des artistes.

Une capture de story Instagram imprimée, paysage sombre
Récits de voyage (2025)
Une rivière dans un paysage de forêt, en offset sur papier recyclé
Un horizon marin coupé par un bloc sombre
Une silhouette sur un fond sombre

Récits de voyage (2025). Série de 11 tirages offset, papier recyclé fini vélin, A3 (29,7 × 42 cm). Captures de stories et de posts Instagram publiés par les artistes pendant leur voyage à Madagascar. Leur caractère éphémère est fixé dans l'impression offset, forme historique du récit de voyage imprimé.

Au mur, une rangée de tirages et des colonnes de texte, sous un éclairage chaud
Vue de l'accrochage en lumière
Le premier panneau du texte, sur papier crème : « L'universel négatif »
L'universel négatif (2025)

L'universel négatif (2025). Cinq impressions jet d'encre sur Canson crème, format A3 (29,7 × 42 cm). Texte curatorial personnel articulant vécu diasporique et universalité, en collage mural. Le format rappelle les colonnes de journaux ; la couleur du papier cite les pages d'archives parfumées posées au sol dans l'exposition. Il est accroché le long du mur-archives, en vis-à-vis des Récits de voyage.

L'universel négatif

Les valeurs universelles, quelles sont-elles ? Difficile de les définir. C'est toutefois le projet de l'anthropologie, qui a cherché des traits communs à toutes les sociétés. Un de ses mouvements, le structuralisme, a par exemple montré que la prohibition de l'inceste est une condition de la vie sociale. Mais sous cette même règle, il existe toujours des solutions locales, des variations. Pourtant, quand on pense aux « valeurs universelles », on pense à l'humanisme partagé, qui convoque justice, beauté, raison, vérité… Hérité des Lumières, il continue de structurer nos vies occidentales, notre volonté de bien faire. Pourtant, elles ne sont pas toujours « naturelles ». Parfois, ce sont des constructions, appuyées sur un socle moins avouable.

Car s'il est difficile de définir universellement la justice, il est facile de constater l'universalité de la douleur. C'est l'hypothèse de cette exposition : l'universel est négatif. Les valeurs positives – nécessaires, vitales – ne sont que la partie émergée de l'iceberg. En arrière, persistent la souffrance, les conflits, les violences.

Ce négatif ne peut pas être effacé par la bonne volonté. Il nous traverse, bat sous la peau. Si on le nie, il mène au désastre. Il n'est pas à résoudre mais à reconnaître comme partie de la condition humaine. Ce lieu est inconfortable, presque invivable : il paralyse, il aspire, il bloque. Chacun, au cours de sa vie, le traverse avec le courage qu'il peut. Pour les existences diasporiques, la confrontation est encore plus radicale. Harponnées par des histoires et des cultures multiples, elles portent le conflit à l'intérieur même de l'âme.

Plus que l'appartenance à une seule culture – ou même deux ou trois – surgit le lieu de l'Autre. Une histoire personnelle faite de plusieurs attaches vous rend toujours « autre », jamais complètement attendu.

C'est dur, mais c'est réel. Et quand on reconnaît l'Autre en soi, on l'entend aussi chez son voisin. Ce lien, paradoxal, forge un style : une manière singulière d'habiter le monde. Et d'y tisser des liens.

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